HOME | DD
Mathieu-R — Chapitre 13 - Decoy
#postapocalyptic
Published: 2014-06-22 15:21:51 +0000 UTC; Views: 358; Favourites: 0; Downloads: 0
Redirect to original
Description
« Je suis sincèrement navré de devoir vous en informer, monsieur Wolf, mais cela fait maintenant trois heures que nous avons perdu le contact avec l’équipe que j’avais envoyée à la recherche du sujet dont vous avez passé commande. »Assis dans le confortable bureau du docteur Laurie, monsieur Wolf écoutait celui-ci avec étonnement.
« Qu’est-ce que cela veut dire ? demanda-t-il.
– La dernière communication les concernant provenait de l’hélicoptère qui les ramenait ici et nous informait qu’à cause de l’attaque d’un indigène des terres mortes, le manque de carburant les obligeait à survoler Point Zéro que nos pilotes ont généralement plutôt tendance à contourner. C’est au cours de ce survol que le transpondeur radio de l’appareil a totalement cessé d’émettre.
– Et… vous savez ce qui leur est arrivé ? »
Monsieur Wolf était de plus en plus inquiet. En face de lui, le docteur Laurie affichait un air très concerné et parlait d’une voix lente.
« S’il s’agissait d’une simple panne de son transpondeur, l’hélicoptère serait déjà de retour à l’heure actuelle. N’ayant reçu aucun appel ou signal de détresse, nous devons malheureusement en conclure que l’appareil a été perdu corps et biens. »
Monsieur Wolf mit du temps à digérer l’information. Il n’arrivait pas à croire ce que lui expliquait le PDG de Decoy. Comment leur hélicoptère avait-il pu cessé d’émettre comme ça ? Qu’étaient devenus les mercenaires à son bord, l’équipage ? La fille des terres mortes qu’ils devaient ramener ? Perdu corps et biens… Cela voulait dire qu’ils étaient tous morts ?...
« La région de Point Zéro dans laquelle s’est écrasé l’hélicoptère étant particulièrement hostile, nous estimons improbable qu’il y ait des survivants » ajouta le PDG de Decoy, confirmant les craintes de son client.
Face à l’abattement de ce dernier, le docteur Laurie se voulut toutefois rassurant.
« Naturellement, l’opération ayant échoué, elle ne vous sera pas facturée. Si vous le souhaitez, nous pouvons d’ores et déjà entamer le processus de recherche d’un nouveau sujet compatible avec vos attentes. Je ne vous le cache pas, le résultat pourra être moins satisfaisant qu’avec celui-ci, mais…
– Cela arrive souvent que l’une de vos opérations échoue ? »
Cette question eut l’air de mettre le scientifique et homme d’affaires dans l’embarras.
« Non, avoua-t-il, c’est assez rare. C’est pourquoi vous n’avez pas à vous en faire. Il nous suffit de convenir ensemble d’un nouveau sujet à rapatrier, et tout se passera bien. »
Confiant, le docteur Laurie affichait à son interlocuteur un grand sourire un peu commercial. Il n’était pas difficile de deviner que l’échec de cette opération lui coûtait très cher…
Pourtant, la réaction de monsieur Wolf ne sembla pas être celle qu’il espérait. Au lieu d’être rassuré, il paraissait au contraire plus abattu et rembruni. Le docteur Laurie ne chercha cependant pas à précipiter sa réponse.
« Finalement, je pense que je vais y renoncer, finit par annoncer l’ingénieur agronome.
– Ce qui vient de se produire est un incident regrettable, mais je peux vous assurer, monsieur Wolf, que de tels cas sont extrêmement rares. Nos hommes connaissent bien leur métier, et un tel échec ne saurait…
– Il ne s’agit pas de cela » le coupa monsieur Wolf.
Le docteur Laurie observa un silence prudent, incitant patiemment son client à exposer ses doutes.
« Je crois que, finalement, ça n’en vaut pas la peine. Depuis qu’elle a appris cette triste nouvelle, mon épouse s’enfonce chaque jour un peu plus dans la dépression… Je croyais que lui apporter l’enfant qu’elle ne pouvait avoir la rendrait à nouveau heureuse… mais je crois que j’ai fait fausse route. Plus j’y pense et plus je me dis qu’elle n’acceptera jamais l’enfant d’une autre femme, même s’il ressemble à celui que nous aurions eu ensemble.
– Monsieur Wolf, intervint le docteur Laurie, j’ai eu à traiter durant ma carrière de nombreux cas comme le vôtre, et la phase de questionnement que vous traversez est tout à fait normale. Je dirais même qu’elle est légitime. Mais croyez-en mon expérience lorsque je vous dis qu’une fois que tout est terminé, les couples que j’ai eu à assister se sont tous réjouis de leur nouveau bonheur.
– Vous croyez ? demanda monsieur Wolf, dubitatif, la tête basse. Franchement, je ne sais pas. J’ai de plus en plus l’impression que c’est lâche de ma part de chercher à résoudre le problème de cette manière. Je crois que ce dont a le plus besoin mon épouse, en réalité, c’est que je sois à ses côtés pour prendre soin d’elle et l’aider à surmonter cette épreuve. C’est une tragédie, bien entendu, pour elle comme pour moi. Mais je ne suis plus si certain qu’elle pourrait se dénouer si facilement que vous le proposez. »
En levant la tête, monsieur Wolf regarda le docteur Laurie qui l’écoutait d’une oreille attentive, ses coudes sur son bureau et le menton reposé sur ses mains jointes. L’ingénieur agronome se sentit soudain très embarrassé.
« Excusez-moi, je ne devrais pas vous dire ça alors que vous avez perdu toute une équipe de vos hommes et l’un des vos appareils. Après tous ces efforts que vous avez consentis pour moi…
– Vous n’avez pas à vous excuser, monsieur Wolf. Comme je vous l’ai dit, ces questionnements sont parfaitement légitimes de votre part, et vous n’êtes absolument pas responsable de ce qui est arrivé à mon équipe. Si vous le souhaitez, je peux vous laisser quelque temps pour réfléchir à tout cela plus posément, puis vous reviendrez ensuite vers nous faire part de votre décision.
– Non, merci. Vraiment, docteur, je vous suis infiniment reconnaissant pour les efforts que vous avez consentis pour moi, et croyez bien que le sacrifice de vos hommes ne me laisse pas indifférent… Mais maintenant que cette première tentative a échoué, je pense qu’il est préférable que nous en restions là et que… je prenne soin moi-même de mon épouse.
– C’est votre choix, monsieur Wolf. Je ne suis pas là pour le contester. Notre porte est de toute façon toujours ouverte, si vous veniez, d’aventure, à changer d’avis. »
Les autorisations de grossesse n’étaient, en effet, pas périssables. Elles restaient valables tant que le couple qui la détenait n’avait pas fait enregistrer un enfant à l’Etat Civil. Fort heureusement, vu le prix faramineux qu’elles coûtaient.
Conscient qu’il n’avait à présent plus rien à faire dans ce bureau et qu’il était préférable qu’il retourne au plus vite à son travail, ses supérieurs n’ayant guère apprécié qu’il ait obtenu, ce matin là, l’autorisation provisoire de s’absenter pour venir ici, monsieur Wolf restait cependant immobile dans son fauteuil. Son corps était soudain de plomb et son esprit était ailleurs. Toutes ses pensées étaient tournées vers l’état de plus en plus lamentable de Sibylle qui ne se remettait toujours pas de l’affreuse nouvelle qu’ils avaient apprise tout juste deux jours plus tôt.
Elle pleurait sans arrêt, du matin au soir, elle ne dormait plus la nuit… Ses supérieurs avaient même déjà menacé de la suspendre tant son travail en était affecté. Perdre son emploi signifierait qu’elle perdrait aussi son statut dans la société, et les privilèges qui y étaient associés. Même si l’opération avait réussi, l’enfant né de cette mère porteuse aurait mis neuf mois à venir au monde… Dans quel état aurait été Sibylle à ce moment-là, s’il se contentait d’attendre que le miracle de cet enfant ne fasse effet ?
Non, ce n’était pas une solution. En venant ici, il n’avait fait que fuir ses responsabilités. C’était lui et lui seul qui devait aider sa femme à retrouver le sourire. Car c’était ce qu’il souhaitait le plus au monde. Alors il devait le faire de lui-même, et y mettre toutes ses forces et tout son amour pour elle.
Devant l’abattement évident de son client, le docteur Laurie ne put s’empêcher d’être ému. La tristesse des gens était une chose coutumière dans son travail. Mais cela ne l’avait pas rendu insensible pour autant. Son métier consistait à apporter une solution à un tragique problème. Il aimait à croire sincèrement que ce qu’il faisait apportait un peu de bonheur à ces familles attristées.
Se levant de son confortable fauteuil, le docteur Laurie déclara :
« Monsieur Wolf, je dois vous avouer que vous m’êtes assez sympathique, et j’ai le plus profond respect pour la position que vous occupez dans notre société. C’est pourquoi je voudrais vous révéler une chose que peu de gens connaissent et qui, vous le comprendrez bien vite, ne devra pas être ébruitée davantage. »
Intrigué, Charles Wolf leva de nouveau les yeux vers son interlocuteur.
« Savez-vous, monsieur Wolf, pourquoi notre entreprise s’appelle Decoy ? »
Sans comprendre le sens de cette question, son client répondit, perplexe :
« Je n’en ai pas la moindre idée.
– Tout simplement parce que le rôle de notre entreprise consiste à détourner l’attention des gens, exactement comme un leurre.
– Je ne comprends pas, avoua monsieur Wolf, toujours aussi perdu. Détourner l’attention des gens de quoi ?
– Du problème que la stérilité représente dans notre société, voyons. Vous avez sûrement entendu évoquer un chiffre aux alentours de vingt pour cent ? Vingt pour cent de femmes concernées par ce phénomène. »
Monsieur Wolf hocha la tête, se souvenant des paroles de son médecin.
« En réalité, les estimations les plus précises révèlent que presque soixante pour cent des femmes de notre pays sont touchées par la stérilité. A cela doivent s’ajouter les trente pour cent d’hommes eux aussi concernés. Comme vous pouvez aisément le voir, monsieur Wolf, plus des deux tiers des couples dans notre pays sont donc parfaitement stériles. Bien entendu, la politique de contrôle des naissances de notre Etat contribue à réduire fortement la visibilité de ce phénomène, et notre rôle, chez Decoy et d’autres entreprises, consiste justement à en faire disparaître la partie visible tout en assurant l’équilibre démographique nécessaire à la pérennité de notre population. »
Comme son interlocuteur ne semblait pas convaincu, le docteur Laurie résuma :
« En apportant un enfant aux couples stériles en droit d’en avoir, nous détournons tout simplement l’attention des gens du grave problème de stérilité qui touche notre population.
– Mais, enfin… Pourquoi ? interrogea Charles Wolf, intrigué.
– Afin que les gens ne se posent surtout pas la question la plus fâcheuse à propos de ce problème : quelle en est l’origine ?
– N’est-ce pas à cause des retombées de la toxine Gamma ?
– C’est en effet ce que l’on explique aux couples touchés. Un mal de plus à imputer à la toxine Gamma déjà responsable de tant d’atrocités… Quoi de plus plausible ? Malheureusement, la réalité est tout autre et bien plus sinistre. »
Monsieur Wolf se demanda si le scientifique devant lui n’était pas en train de lui faire une mauvaise blague. Mais de quoi parlait-il, enfin ? Tous ces enfants des couples qui avaient acheté leur autorisation de grossesse, de ceux qui avaient gagné à la loterie… Tout cela ne serait qu’une illusion savamment orchestrée pour occulter une sinistre vérité ? Cela semblait bien trop fantasque pour être vrai. Le docteur Laurie essayait-il d’insinuer que lui-même, Charles Wolf, aurait pu être secrètement conçu en ayant eu recours aux services d’une entreprise comme la sienne ?...
« Comme vous êtes ingénieur agronome, vous savez que les plantes ont besoin d’être régulièrement arrosées d’eau, monsieur Wolf ?
– Bien sûr, répondit-il, toujours plus perdu.
– Et savez-vous d’où provient cette eau ?
– D’une nappe phréatique. La dernière à n’avoir pas été contaminée par la toxine Gamma.
– En effet. Et savez-vous, précisément, où se situe cette nappe phréatique ? »
Monsieur Wolf réalisa alors qu’il n’en avait pas la moindre idée. Qu’il ne s’était même, pour ainsi dire, jamais posé la question. Et c’était pourtant une bonne question. A l’entendre, on aurait dit que le docteur Laurie, lui, connaissait la réponse. Mais qu’est-ce que cela avait à voir avec la stérilité et le rôle de son entreprise ?
« Cette nappe phréatique se situe à environ quatre-vingt kilomètres au nord nord-ouest de Point Zéro. »
Le scientifique qu’était monsieur Wolf ne mit pas longtemps à réaliser toutes les implications de cette révélation. Mais le docteur Laurie se chargea d’énoncer tout haut ce qui se faisait petit à petit jour dans son esprit.
« C’est assez loin de l’épicentre, mais ça se trouve tout de même en pleine région contaminée par les radiations. La centrale de Point Zéro était une véritable poubelle nucléaire bien avant son explosion. La quantité de déchets radioactifs disséminés alentour est donc tout simplement phénoménale… Soixante ans ont eu beau passer depuis ce tragique évènement, les radiations sont toujours bien présentes… »
Monsieur Wolf n’osait pas de lui-même pousser le raisonnement qu’était en train de lui exposer le docteur Laurie et sentait déjà sa nuque et son front se couvrir de sueur froide.
« A chaque précipitation, l’eau de pluie charrie sur son passage d’énormes quantités de matériaux polluants et de fines particules irradiées. Lorsqu’elle s’enfonce vers la nappe phréatique, le sol joue un rôle de filtre qui débarrasse cette eau des matériaux les plus lourds dont elle est polluée. Mais qui reste sans effet contre la contamination radioactive. De la même manière, si les filtres que nous utilisons dans nos laboratoires permettent de purifier au maximum cette eau, nous ne sommes pas en mesure de la débarrasser totalement des éléments radioactifs qu’elle contient. Comme il s’agit cependant de la seule eau à ne pas être contaminée par la toxine Gamma qui tuerait aussitôt toutes nos plantes, nous sommes donc obligés de l’employer telle quelle, pour l’arrosage dans les serres… comme pour notre propre consommation. »
Comme monsieur Wolf avait l’air de ne toujours pas vouloir croire à ce qu’il disait, le docteur Laurie acheva :
« Tous autant que nous sommes, nous absorbons ainsi chaque jour des doses certes infimes, mais bien réelles de radiations qui, à long terme, ont des effets néfastes sur notre organisme. Le plus observable de ces effets étant le même type de malformation ovarienne dont souffre votre femme et qui cause sa stérilité.
– C’est impossible ! explosa alors monsieur Wolf en se levant d’un bond de son fauteuil. Je travaille dans une serre de l’Etat ! Je serais forcément au courant si l’eau que nous utilisons pour nos plantes était nocive pour la santé ! »
Le docteur Laurie secoua la tête, catégorique.
« Malgré votre position éminente dans la société, et avec tout le respect que je vous dois, vous n’êtes qu’un maillon de la chaîne, monsieur Wolf. Très objectivement, le fait de savoir ce que je viens de vous révéler n’influe en rien sur la tâche que vous avez à accomplir. Vous êtes donc, comme tant d’autres, soigneusement tenu dans l’ignorance de cette réalité afin que votre jugement subjectif ne vienne pas risquer de compromettre le service que devez rendre à la société.
– Mais, enfin… Pourquoi le cacher ?
– Parce qu’un tel secret, s’il était révélé, ferait certainement paniquer la population. Par le passé, ce même genre de panique a failli causer la perte de notre pays. A quoi cela nous avancerait-il que les gens soient mis au courant ? A quoi bon risquer de perdre tout ce que nous avons péniblement réussi à bâtir des cendres de notre civilisation ? Par simple souci de dire la vérité à nos concitoyens ?
– Si j’étais mis au courant… Si tous les scientifiques qui travaillent dans les serres ou les laboratoires étudiaient la question, nous pourrions sûrement trouver une solution à ce problème ! »
Une fois encore, le docteur Laurie lui adressa un signe de dénégation.
« D’autres que vous, des gens dont l’intelligence et la compétence n’est pas à mettre en doute, se sont déjà penchés sur le problème. Et malheureusement, la seule solution à laquelle ils sont jusqu’à ce jour parvenus, c’est notre entreprise et quelques autres qui sont chargées de la mettre en œuvre.
– Ce n’est pas une vraie solution ! rétorqua Charles Wolf, outré, catastrophé.
– C’est pourtant la seule à notre portée, répliqua le docteur Laurie d’un ton sans appel. Celle-là ou nous priver d’eau et de nourriture et attendre que la mort nous emporte tous. »
… … …
En sortant de la tour de Decoy Entreprises, Charles Wolf était plus abattu que jamais. Le malheur qui le frappait n’était plus seulement le sien… C’était celui de milliers de familles, soigneusement dissimulé par le gouvernement afin de garder le peuple sous contrôle.
Bien que discutable, le pragmatisme de cette décision était fort compréhensible pour un homme de science tel que lui. Mais les implications de ce qu’on lui avait si longtemps caché n’en étaient pas moins abominables.
Depuis qu’il avait quitté le bureau du docteur Laurie, monsieur Wolf ne pouvait s’empêcher de penser que, si sa femme était stérile aujourd’hui, si tant d’autres l’étaient ou le seraient à l’avenir, c’était à cause de lui. Ou de gens comme lui. Sans le savoir, toute la journée, il veillait à ce que l’ensemble de la population puisse recevoir quotidiennement sa dose de poison. Sans rien dire, sans protester. Sans chercher une alternative.
Son travail dans les serres qui le rendait autrefois si fier apportait aussi le malheur à des gens comme son épouse. Il en privait tant de la joie de pouvoir concevoir un enfant… Et quelles autres conséquences horribles pouvait-il avoir ? Monsieur Wolf savait bien que s’il tentait quoi que ce soit pour en apprendre plus, que si l’on découvrait seulement qu’il savait, il risquait l’exil dans les terres mortes, voire à Point Zéro.
Pieds et poings liés, il était assuré de ne pouvoir rien faire. Sa vie ne pourrait jamais être différente de celle qu’elle avait jusque-là été… Mais aujourd’hui était pourtant très différent d’hier, car il savait. Sans pouvoir rien faire de ce savoir, il savait. Tout ce qu’il pouvait faire, tout ce qu’il avait le droit de faire, maintenant… c’était laisser ce savoir et les remords qui allaient avec torturer son esprit jusqu’à la fin de ses jours.
Et cette fille du Sud qui venait de disparaître au-dessus de Point Zéro…
Elle aussi était morte à cause de lui.







